Tableaux dansants: “Pourquoi”

[two_third_column]Quand un proche ami de Moussorgski, l’artiste et architecte Victor Hartmann décéda subitement d’une crise cardiaque, cela fut un choc, non seulement pour Moussorgski tout autant que pour la communauté intellectuelle de Saint-Pétersbourg de l’époque, dans son ensemble.

Un an plus tard, en 1874, les amis d’Hartmann organisèrent une exposition de ses peintures et projets architecturaux et autres créations. C’est cette exposition qui inspira Moussorgski à composer un cycle pour piano constitué de dix pièces et de quatre intermezzos. Intitulé « Promenades », ils invitaient à parcourir l’exposition d’une peinture à l’autre. C’est ainsi que les Tableaux d’une exposition devinrent l’une des plus populaires, mais ô combien difficile, pièce du répertoire pour piano.

Au 20e siècle, elle devient encore plus populaire grâce à la transcription pour orchestre qu’en fit Maurice Ravel (commandée par le grand chef d’orchestre russo-américain Serge Koussevitzky).

Au fil des nombreuses révolutions et guerre qui écumèrent la Russie depuis cette mémorable exposition,la plupart des oeuvres ont disparu et seules leurs formes musicales subsistent. Lorsque j’ai décidé de présenter Les Tableaux d’une exposition dans sa version pour orchestre à cordes lors d’un concert d’I Musici de Montréal, j’ai demandé à ma fille Natasha (qui est non seulement violoniste, membre d’I Musici mais également une artiste peintre accomplie, véritablement originale et ayant à son actif de nombreuses expositions internationales à succès) d’essayer de recréer ces images perdues en prenant l’inspiration dans la musique qui avait elle-même été inspirée par ces travaux aujourd’hui disparus. Le résultat : quinze magnifiques toiles formant un tout véritablement original.Ces toiles furent exposées dans l’entrée de la salle de concert et le succès de la soirée suscita l’idée d’amener ce concept sur la route. Vues la taille des toiles de Natasha, trop imposante pour le transport, l’idée d’une projection se matérialisa.

En même temps que cette idée faisait son chemin, du mot magique «projection » découla naturellement l’idée de faire bouger ou plutôt « danser » les toiles. Ainsi, l’idée de « Tableaux dansants » était née. Une sorte de script fut élaboré pour connecter chacun des tournures des phrases musicales, de l’harmonie, du tempo, du rythme avec un mouvement sur l’écran des éléments des peintures. Avec l’aide de l’artiste numérique Gaël Hollard, l’animation du matériel artistique découlant des toiles de Natasha ne veut pas raconter une histoire dans le sens commun du terme mais plutôt offrir un « commentaire » visuel ou une « traduction » du contenu musical.

Musique et peinture sont des formes d’art à la fois très proches mais des plus différentes. Elles s’incarnent dans deux dimensions. Tandis que la musique peut être mesurée dans le temps – elle commence à un certain moment, se développe et se conclut un peu plus tard –, elle n’existe pas dans l’espace. On ne peut pas la « toucher ». La peinture, elle, existe dans l’espace – sur des toiles mesurables en pieds ou en pouces –, mais elle ne se développe pas et reste immuable une fois réalisée.

Cela explique sans doute pourquoi ces deux formes d’art sont intimement liées. Cela influence même le vocabulaire des musiciens et des peintres : tandis que les premiers sont à la recherche de « couleurs », de « lignes » et « d’architecture » dans leurs oeuvres musicales, les seconds tentent de créer un « rythme », une « harmonie », une « mélodie » même, voire une « polyphonie » dans leurs oeuvres picturales.

Avec nos Tableaux dansants, il semble que nous ayons réussi à créer une symbiose entre les deux formes d’art. Les tableaux « vivent » dans le temps et la musique prend corps et devient visible. C’est un peu comme résoudre l’énigme de Voldemort (oui oui le même) dans Harry Potter, mais sans les intentions démoniques bien entendu…

Bienvenue, donc, dans l’univers de nos tableaux pour les oreilles et musique pour les yeux![/two_third_column][three_column_last]EXTRAITS VIDÉO

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